dimanche 15 juin 2008

usage du Napalm en Irak par les USA


The Iraqi Rabita -League reveals crimes committed by the American occupation forces in conjunction with the Iraqi forces in Mosul

Iraqirabita

mosul1.jpg

June 10, 2008

In another round of American crimes against the people of Iraq, the information about to be provided , will show the extent of the American lawless hysteria and its total disregard for human lives. And will also show the criminal complicity of those who took the Americans as military and political allies and as friends and who provide to them their services -- all conducted in the Green Zone.

On the eve of Wenesday 11.7.2007, heavy fighting broke out in the Sheikh Fathi center in the Zanjilia district from unknown armed men.

American helicopter planes rushed and some of these unknown armed men fired at the planes.

The americans responded by using forbidden weapons and bombed the house of a Taha Al-Janbil, a Judge. All those who were in the house were immediately killed.

We met the Judge Taha. Al-Janbil who was not at home when this murder happened and he informed us of the following :

1)- After the crime, the Americans came to visit him and gave him the name of some senior American army member. So he understood that this was an attempt by some Americans to cover up for their crime --- by providing the name of a high up American army name.

2)- several TV stations and newspapers came to Mosul to see for themselves, but the following channels even though they received the reports refused to air or publish it - these channels were Dubai TV, Naharain TV and Baghdad TV.

3)- the judge Taha believes that the americans used weapons that are forbidden and he believes they were phosphorus bombs. One family member Farhan Ahmed who arrived at the scene tried saving another member but was burned himself when he tried carrying this family member and got his hands lightly burned. He went to the hospital to treat those light burns only to see that they turned green and he died from phosphorus /napalm poisoning .

4)- The members from Judge Taha Al-Janbil family who were killed that day by the Americans were.

- Ahmad Jamil Al-Janbil - 70 years old - the grandfather
- Hameeda Brahim al Balwee - 63 years old - the grandmother
- Farhan Ahmad Jameel - 43 years old - the son.
- Muawiya Ahmad Jameel - 30 years old - the son
- Ahmad Farhan Ahmad - 13 years old - the grandson
- Hatem Farhan Ahmad - 10 years old - the grandson.

- the only survivor with severe burns - Jameela Ahmad Jameel - the daughter
and another 11 severly wounded from the homes in the vicinity.












voir, en arabe,le lien
http://www.iraqirabita.org/index.php?do=article&id=14340



l'Irak et ses enfants irradiés

L'Irak et ses enfants irradiés


L'Irak et ses enfants irradiés
Un militant américain des droits de l'homme et membre de la coalition internationale de l'interdiction de l'usage des sous-munitions a déploré que l'Irak occupé soit transformé en une poubelle pour des déchets nucléaires américains, déchets que les Etats-Unis utilisent à travers ses armes contre la population civile.

L'uranium appauvri (DU), issu du processus de l'enrichissement de l'uranium et composé de déchets du combustible nucléaire a une demi-vie égale à un tiers de celle de l'U235 et l'U234 qui est de 4.5 milliards d'années. La dose de radiation de l'uranium appauvri est presque la moitié de celle de l'uranium naturel (238).

Selon les scientifiques, l'usage de ces métaux a des conséquences directes sur le fonctionnement de l'organisme humain et bien que leur toxicité soit inférieure à celle d'autres métaux comme Arsenic par exemple, leur demi-vie relativement courte les rend encore plus nocifs. Alors les recherches se poursuivent sur les effets cancérigènes de l'uranium appauvri, les chercheurs établissent un rapport de cause à effet entre son usage durant la guerre de 1991 contre l'Irak et la naissance des enfants atteints de malformation. Les enquêtes confirment l'extrême sensibilité du tissu nerveux, du système génétique et de reproduction des êtres vivants aux effets de l'UA.

Les activistes des droits de l'homme et de la paix s'inquiètent de l'utilisation de l'uranium appauvri par l'armée américaine qui emploie largement des bombes ou d'autres engins à sous munition. Ces militants soulignent aussi le fait que les déchets nucléaires servent de matière première à ces engins à sous munition, ce qui rend leur usage encore plus dangereux. Selon des rapports confidentiels publiés au sein du Pentagone, l'emploi massif de l'UA menacerait même la santé des forces américaines. Selon un militant de la paix, les soldats américains sont pour la plupart malades. Toujours selon cette source, ces anciens soldats qui travaillent actuellement dans les Ongs de paix rendent public les résultats de leurs examens médicaux qui relient leur maladie à l'usage de l'UA. Ces examens, extrêmement onéreux (2000 dollars par personne) ont été effectués par un appareil spécialement conçu par les ingénieurs allemands à cette fin.

Toujours selon ce rapport, le Pentagone cherche à marchander le silence de ces soldats. Moyennant de l'argent, la hiérarchie militaire espère encourager ces soldats à ne pas déposer plainte auprès de la justice contre l'armée. Herbert Reed, rejoint par le journaliste de l'agence Mehr est l'un de ces soldats qui a refusé ce genre de marchandage et qui coopère actuellement avec la coalition onusienne de l'interdiction de l'usage de l'uranium (ICBUW). "Ce que nous cherchons à faire savoir à l'opinion internationale c'est notre opposition à l'utilisation ce ces engins , engins qui font des victimes civiles en Irak et dans les rangs mêmes de l'armée américaines et qui menacent l'avenir des enfants de nos soldats, a-t-il ajouté.


http://french.irib.ir http://french.irib.ir

dimanche 1 juin 2008

J'ai honte de l'indifférence occidentale en Irak


J'ai honte de l'indifférence occidentale
face à la tragédie irakienne !

Le député chrétien-démocrate Jürgen Todenhöfer a rencontré en Irak des gens simples, victimes de la guerre et de l'occupation. Il a rapporté de son voyage un livre de témoignage et d'analyse qui donne à réfléchir sur notre perception de ce conflit, de cette population et de sa culture.

« J'ai honte de l'indifférence occidentale face à la tragédie irakienne »


Le député chrétien-démocrate Jürgen Todenhöfer a rencontré en Irak des gens simples, victimes de la guerre et de l'occupation. Il a rapporté de son voyage un livre de témoignage et d'analyse qui donne à réfléchir sur notre perception de ce conflit, de cette population et de sa culture.

"Au cours des 25 dernières années, un certain nombre de pays ont particulièrement souffert de guerre et de privations. L'Irak en est un exemple. D'abord une guerre contre l'Iran – fomentée par les États-Unis – pendant presque toute la décennie quatre-vingt, qui coûta 8 millions de victimes aux deux pays, menant ces derniers au bord d'une catastrophe économique. Puis une autre guerre , menée avec une violence particulière ; une guerre qu'on aurait pu éviter par des négociations, comme on le sait aujourd'hui, mais que la coalition de guerre, menée par les États-Unis, voulait au début de 1991. Le résultat en fut non seulement des centaines de milliers de morts, la destruction d'une grande partie des infrastructures du pays, mais encore la contamination pour des années de cette région par des munitions à l'uranium. Cela fut suivi de 12 années de sanctions particulièrement rudes qui coûtèrent la vie à 1,5 million d'Irakiens. Enfin la résistance, qui dure depuis cinq ans, envers une agression et une occupation, menées par les États-Unis, au mépris du droit international, qui provoque, une fois de plus, des millions de victimes. Comment perçoit-on ces événements en Europe ? Par exemple, en tant qu'Allemand qui mène une vie plus ou moins bien réglée, qui ne doit pas craindre que chaque jour soit le dernier pour lui, sa famille, ses voisins ou ses amis. Comment prend-on conscience que cette puissance, dont il est prétendu, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu'elle serait l'allié le plus sûr et le meilleur ami, commette les pires crimes de guerre ? Et comment se fait-il que nous Européens, nous autres Allemands, laissions faire nos gouvernements, nos militaires, une partie de notre économie et de nos médias qui participent de près ou de loin à ces crimes ? La langue de bois en faveur de la propagande de guerre US n'est plus de mise".

Jürgen Todenhöfer, ancien politicien de la CDU (chrétiens-démocrates) et député du Land de Tübingen au Bundestag, actuellement vice-président du conseil d'administration de la maison d'édition Burda, vient de publier, dans la cinquième année de guerre en Irak, un livre (Warum tötest du Zaid ? 2008, ISBN 978-3-570-01022-8) qui se présente comme un contre-poids. Un livre rapportant des conversations avec la résistance irakienne dans la ville de Ramadi, à l'ouest de Bagdad, un livre relatant les rencontres sur le plan humain et révélant les motifs et les objectifs de la résistance.
Et il semble bien que ce soit là le premier livre, dans l'espace germanophone, qui ne manie pas la langue de bois dans le sens de la propagande de guerre, soit les questions de terrorisme et de guerres de religion, ou de la menace islamique qui justifieraient la présence de GI'S en Irak, mais qui donne la parole aux hommes et femmes qui résistent.
C'est ainsi qu'on obtient une vue différenciée qui montre que la résistance est l'affaire de l'ensemble du peuple irakien ; qui dément le préjugé selon lequel les Irakiens se combattraient mutuellement pour des raisons religieuses ; qui démontre que les actes de terreurs dirigés contre la population ne sont que rarement le fait des Irakiens eux-mêmes, mais en majorité de combattants étrangers, de milices gouvernementales, d'escadrons de la mort menés par les États-uniens, voire des troupes d'occupations elles-mêmes ; qui apporte la preuve qu'on ne peut envisager la paix tant que les troupes d'occupation séviront dans le pays et que ce ne serait possible qu'une fois celles-ci retirées ;
qui présente des hommes et des femmes qui n'ont plus d'autre solution que de résister à une troupe d'occupation barbare dans son comportement.
C'est pourquoi ce livre est davantage qu'un coup d'œil sur la résistance irakienne. C'est une fenêtre ouverte sur les agissements des troupes d'occupation. Enfin un auteur allemand de renom révèle ce que précédemment des auteurs étatsuniens tels que Evan Wright (Generation Kill. Das neue Gesicht des amerikanischen Kriege » 2005, ISBN 3-86150-725-0) ou Joshua Key (Ich bin ein Deserteur 2007, ISBN 978-936096-80-4) avaient osé écrire.
Les victimes irakiennes ont enfin la parole.
C'est un livre humain, laissant la parole aux victimes de ce pays
« Ne pouvez-vous pas faire comprendre à vos amis étatsuniens qu'ils doivent cesser de placer nos enfants devant l'alternative soit d'assister sans sourciller au massacre de leurs familles ou de se mettre eux-mêmes à tuer ? Ne pouvez-vous leur inculquer qu'il est temps de cesser cette guerre, qui cause, de façon insensée, des victimes parmi leurs soldats et nos propres fils ? Nous n'en pouvons plus. Ce seront bientôt toutes les femmes irakiennes qui auront à pleurer l'un des leurs. Qu'avons-nous fait aux États-uniens ? » C'est ce qu'entendit l'auteur de la part d'une mère.
A la fin de la première partie de son livre présentant ces entretiens, l'auteur exprime ses sentiments, tout comme s'il nous représentait nous tous, après avoir dialogué avec un jeune homme entré en résistance, alors qu'il avait perdu ses frères innocents par un commando de terreur des troupes d'occupation US : « Je n'oublierai jamais ce jeune homme quoiqu'il arrive ; jamais les larmes des gens que j'ai rencontrés à Ramadi. Une guerre maudite, reposant sur le mensonge et perdue – perdue pour tout le monde. Je suis écœuré de voir qu'en Occident on parle et rêve encore de ‹victoire› et j'ai honte de l'indifférence occidentale face à cette tragédie. Rarement j'ai eu un tel sentiment de honte comme à Ramadi » .
Quelques thèses concernant la relation entre le monde occidental et le monde de l'Islam
La deuxième partie du livre consiste en un « épilogue très personnel » qui dépasse toutefois largement une prise de position personnelle et rappelle à tout un chacun, en réflexion, combien il est erroné de considérer l'Islam comme agressif et menaçant pour le monde occidental. Bien au contraire : Jürgen Todenhöfer formule des thèses concernant la relation du monde occidental avec celui de l'Islam, qui jettent une autre lumière sur les conflits actuels. Par exemple :
« L'Occident est nettement plus violent que le monde de l'Islam. Depuis le début de la colonisation, plus de quatre millions de civils arabes ont été tués ».
Ou bien
« Du fait de la politique de guerre de l'Occident, il n'est pas étonnant d'observer que les extrémistes islamiques attirent toujours plus de monde ».
Ou bien
« Les terroristes camouflés en islamistes sont des assassins. Mais quant aux dirigeants de guerres d'agression en dépit du droit international camouflés en chrétiens, c'est pareil ».
Ou bien
« Les Musulmans furent et sont toujours, pour le moins, aussi tolérants que les Juifs et les chrétiens. Ils ont eu une grande influence sur la culture occidentale ».
Ou bien
« On trouve l'amour de Dieu et de son prochain non seulement dans la Bible, mais aussi dans le Coran, comme commandement central ».
Ou bien
« La politique de l'Occident par rapport au monde musulman se caractérise par une ignorance crasse des faits les plus simples ».
Ou bien
« La nécessité du moment s'appelle l'art de diriger l'État et non pas celui de mener des guerres, qu'il s'agisse de celle d'Iran, d'Irak ou du conflit en Palestine ».
Toutes ces thèses méritent d'être étudiées à fond et de provoquer des discussions larges – ce qui irait vraiment dans le sens de l'auteur.
Une bonne partie du livre est consacrée à de larges extraits de la Bible et du Coran. C'est une façon pour Jürgen Todenhöfer de réfuter la conception d'un inévitable « choc des civilisations » et du caractère irréconciliable du christianisme, du judaïsme et de l'Islam. Il se place ainsi dans la tradition du « Projet d'éthique planétaire », du théologien de Tübingen, Hans Küng. Il rappelle aussi que le monde des intellectuels avait accompli de plus grands progrès que l'idéologie néoconservatrice d'aujourd'hui, et bien plus loin que toute idéologie actuelle orientée vers le pouvoir et la violence qui l'accompagne. Il confirme aussi ce que 138 théologiens musulmans avaient écrit en octobre 2007 au pape Benoît XVI : « Le christianisme et l'Islam sont les deux plus grandes religions du monde, cela tout au long de l'histoire. Les chrétiens représentent un tiers de l'humanité, les musulmans un cinquième, ce qui fait 55% du total. La relation entre ces deux communautés religieuses prend donc une dimension particulière pour imposer la paix dans le monde. Si les chrétiens et les musulmans ne peuvent vivre en paix entre eux, alors il ne peut y avoir de paix dans le monde ».

combien de "11 septembre" en Irak par mois (morts)


Au nombre de morts, combien de "11 septembre" par mois en Irak ?

Par
Rue89.com

L’épidémiologue américain Les Roberts vient de publier une enquête sur la mortalité en Irak après l’invasion, dans le magazine médical britannique The Lancet, provoquant une grande controverse aux Etats-Unis. Rencontre avec celui qui estime à plus de 650 000 le nombre de morts depuis l’invasion de 2003. L’épidémiologue américain Les Roberts a mesuré la mort et la morbidité dans une douzaine de pays en tant qu’employé des Centers for Disease Control and Prevention à Atlanta (CDC), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’International Rescue Committee à New York.

Sa dernière enquête sur la mortalité en Irak, après l’invasion, récemment publiée dans le magazine médical britannique The Lancet, a provoqué une grande controverse aux Etats-Unis. Les auteurs ont estimé plus de 650 000 morts depuis l’invasion de 2003. Le Président Bush et les commentateurs conservateurs ont mis en cause ses résultats, les jugeant surélevés. Dans la communauté scientifique, les réactions sont mitigées. De nombreux experts soutiennent les méthodes employées par Dr Roberts et ses collègues pour estimer le nombre total des morts irakiens ; d’autres discréditent les résultats à cause de la taille de l’échantillon et de certains aspects méthodologiques du sondage.


Pourquoi essayer de chiffrer le nombre de morts ?


Cela nous aide à financer et à mettre en place des programmes humanitaires, mais aussi à évaluer les progrès. Par ailleurs, les estimations chiffrées aident à attirer l’attention sur des crises comme le Darfour et en Irak. Quand nous avons mesuré la mortalité au Congo (RDC), trois maladies (le paludisme, les diarrhées, et les infections respiratoires aiguës) y étaient responsable de la plupart des morts. Au Zimbabwe, la tuberculose et le VIH étaient les premières causes de mortalité. Ces profils différents de mortalité appellent des réponses complètement différentes de santé publique.


À quoi vous attendiez-vous en allant en Irak en 2004 ? Qu’y avez-vous trouvé ?


Dans chaque conflit que j’avais étudié jusqu’à présent (sept, je crois), à part la Bosnie, beaucoup plus de gens étaient morts des conséquences indirectes de la guerre que de la violence elle-même. Lors d’un conflit, les services publics cessent de fonctionner normalement : l’approvisionnement d’eau s’arrête, il se peut que les hôpitaux ferment, plus de femmes meurent en couches parce qu’elles n’arrivent pas à se rendre à l’hôpital à temps... Cela a toutes sortes d’effets nocifs sur la santé des habitants touchés par le conflit, soit à cause des dysfonctionnements de la société, soit à cause du stress de la vie quotidienne.

En Irak, nous nous attendions à trouver cette mortalité indirecte. Mais ce qui nous a surpris c’était que la plupart de l’accroissement du taux de décès était dû directement à la violence.


Vos résultats, y compris vos deux bilans sur la mortalité en Irak, sont basés sur des sondages auprès d’un échantillon de foyers -ce que l’on appelle en anglais, un "household cluster mortality survey"- et non pas un décompte du nombre de morts. Pourriez-vous expliquer cette méthodologie ?


Au lieu de choisir un échantillon de foyers répartis à travers le pays, vous choisissez un échantillon de villages ou de quartiers et beaucoup de foyers individuels dans ces quartiers, ce qui facilite grandement la logistique. Dans chaque foyer, vous demandez : "Qui habite ici ?" Nos questions en Irak étaient : "Qui a dormi sous votre toit pendant les soixante dernières nuits ?" puis "Qui dans la maison est né et qui est mort dans les derniers mois ?" A partir des réponses, vous calculez un taux de mortalité.

Qu’est-ce qui a changé en Irak depuis votre enquête de 2006 ?

La deuxième enquête était similaire dans sa conception et sa méthodologie, mais nous avons essayé de nous rendre dans cinquante endroits différents au lieu de trente-trois lors de la première enquête. Le taux de mortalité a beaucoup progressé. Nous estimons qu’il y a eu environ 650 000 morts "en excès", dont 90% étaient dues directement à la violence.


Le gouvernement irakien a mené une enquête similaire, publiée en janvier par le prestigieux magazine médical The New England Journal of Medicine. En quoi cette enquête diffère-t-elle de celle que vous avez publiée dans The Lancet en 2006 ?


Les conclusions générales de cette nouvelle enquête sont très similaires à celles de l’enquête du Lancet. Ils ont trouvé que la mortalité avait doublé dans les trois années suivant l’invasion américaine. Nous, nous avons conclu que la mortalité avait augmenté de 2,4 fois après l’invasion. Ils ont estimé un taux de mortalité avant-et-après qui était à peu près le même que celui de notre enquête. La grande différence entre les deux enquêtes, c’est leur estimation du pourcentage de ces décès supplémentaires dus directement à la violence. Pour notre enquête du Lancet, pratiquement toute la mortalité supplémentaire est attribuée à la violence. La nouvelle enquête du gouvernement irakien a trouvé que seulement un tiers de l’augmentation, soit un mort sur six, était dû à la violence. Cela ne correspond absolument pas aux données que nous avons recueillies à la morgue de Bagdad et sur les enterrements de Najaf. On peut imaginer que les civils irakiens n’admettent pas facilement aux employés du gouvernement menant l’enquête que les leurs sont morts de la violence.


En quoi le nombre de morts en Irak concerne-t-il les citoyens américains ?


D’abord, c’est très mauvais pour notre sécurité nationale d’entendre le Président déclarer, comme en décembre 2005, que plus ou moins 30 000 Irakiens sont morts depuis l’invasion, pour avoir ensuite le gouvernement irakien, partenaire des Etats-Unis, dire que ce chiffre est quatre fois trop bas. Cela creuse encore plus le fossé nous séparant des peuples du Proche-Orient. Deuxièmement, si notre commandant en chef ne sait pas, dans un facteur de 4 à 10, combien d’Irakiens sont morts, comment pouvons-nous dire si le "surge” (l’augmentation du nombre de troupes en 2007, ndlr) a marché ou pas ? Comment pouvons-nous évaluer les tendances dans ce cas ? Le troisième point, et le plus important, c’est que cette guerre était "pré-emptive". En tant que démocratie, comment pouvons-nous déterminer si les coûts ont surpassé les bénéfices si nous ne connaissons pas les vrais coûts ?


Comment faites-vous la différence entre votre rôle de scientifique et celui d’avocat d’une cause ?


En tant que scientifique, vous amassez des données et des preuves qui peuvent vous faire changer d’avis sur n’importe quel sujet. Les militants s’intéressent plus à l’action et aux preuves qui renforcent leur position. Moi, je suis avant tout un scientifique, même si tous les projets sur lesquels j’ai travaillé récemment sont fondamentalement politiques. Ce qui me fait avancer, ce sont les données, pas les jugements préconçus. La bonne réponse de santé publique à la violence est d’arrêter la violence, et ce processus est beaucoup plus clairement politique que la plupart des projets qu’entreprennent mes condisciples.


De tout ce que vous avez vu et vécu en Irak, quelle est l’expérience que vous aimeriez le plus faire partager et comprendre aux Américains ?


Quand j’étais en Irak en 2004, je demandais à toutes les personnes que je rencontrais : "Pourquoi pensez-vous que les Américains sont venus ?" Invariablement, leur première réponse était spontanément : "A cause du pétrole !" Peu importe si c’était vrai, ce qui compte, c’est que c’était leur perception des motivations américaines. Si nous pensons aux attaques du 11 Septembre et réalisons que l’Irak a une population à peu près équivalente à celle de la zone métropolitaine de New York, ce nouveau bilan du gouvernement irakien suggère que les Irakiens ont connu un nombre de morts violentes équivalant à deux attaques similaires au 11 Septembre par mois pendant les trois premières années de l’occupation. Ça, c’est d’après le gouvernement irakien. Quant à notre enquête, elle estime l’équivalent de six "11 Septembre" par mois ! In fine, peu importe que ces morts aient résulté directement de l’invasion américaine ou de conséquences indirectes imprévues. Ce qui est certain, c’est que des centaines de milliers d’Irakiens sont morts. Qui, parmi nos dirigeants, a exprimé du regret et du remord pour cela ? J’ai bien peur que notre orgueil à ce sujet nous aveugle et crée une perception dans le reste du monde à l’opposé de l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Propos recueillis par JUDITH WEINSTEIN

vendredi 30 mai 2008

journalistes assassinés en Irak : la honte de RSF (une de plus)

Journalistes assassinés en Irak: la honte de RSF en sept dates


Résumé de l'affaire :


1 - Le 8 avril 2003, tir d'un char US contre l'hôtel Palestine où se trouvaient des centaines de journalistes étrangers : mort du cameraman espagnol José Couso et de son collègue ukrainien Taras Protsyuk. Le jour même, le Syndicat National des Journalistes français (SNJ) publiait un communiqué approuvant la démarche de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) qui demandait une enquête indépendante pour faire toute la lumière. On y lisait : « La FIJ qualifi[e] de « crime de guerre » l'attaque de ce jour contre l'hôtel ».


2- Le 15 janvier 2004, après enquête, Reporters Sans Frontières (RSF) concluait que les trois militaires impliqués n'étaient pas coupables.


3 -En mai 2006 sur son site Internet, la famille de José Couso, exigeait que RSF se retire du dossier pour clause de flagrante complaisance envers les tueurs.


4- Le 16 janvier 2007, le juge madrilène Santiago Pedraz émettait un mandat d'arrêt international pour l'« assassinat » de José Couso à l'encontre de trois militaires américains acquittés par RSF.


5- Le 13 mai 2008, une militaire US, ancien agent des services de renseignements, déclarait à la presse que l'hôtel Palestine était bien une cible militaire potentielle de l'armée US. Elle ajoutait que son travail à Bagdad consistait en outre à espionner les journalistes (par mise sur écoute).


6- Le 19 mai 2008, par un communiqué flegmatique, RSF confessait que « le Pentagone avait identifié l'hôtel Palestine comme cible militaire potentielle ». Le communiqué faisait l'impasse sur le scandale de la mise des journalistes sur écoute et il se terminait par les justifications d'un des tueurs.
Je consacre tout un chapitre aux détails de cette affaire dans mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone ». Il manquait juste la confirmation par les services secrets US.


Encore une date ?


7- Le 22 décembre 2007, interrogé sur moi par le quotidien suisse « La Liberté », Robert Ménard affirmait : « Tout ce qu'il dit dans son livre est faux ».
Dommage que le Syndicat National des Journalistes (SNJ), la Fédération internationale des journalistes (FIJ), les témoins, la famille de José Couso, un juge espagnol et jusqu'à un agent de renseignements US en service au moment du drame valident ce que j'ai écrit.
Naïf qui attend à présent une virulente et spectaculaire action de RSF contre la violation du secret des sources journalistiques par l'US Army.


Maxime Vivas

enfants irakiens en prison


La Russie accuse Washington de retenir des enfants irakiens en prison

La Russie a vivement critiqué mardi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, la détention d'enfants irakiens dans les prisons militaires relevant des forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis.

"L'exploitation des enfants dans les conflits armés et le traitement inhumain qui leur est infligé sont inadmissibles", a déclaré l'ambassadeur russe auprès des Nations Unies, Vitali Tchourkine, lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la protection des civils pendant les conflits armés.

"Je voudrais tout particulièrement signaler le problème de la détention de mineurs dans les prisons militaires relevant des forces multinationales en Irak, ce qui contredit les normes internationales", a-t-il affirmé.

L'ambassadeur russe a cité les données d'un rapport de la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Irak (MANUI) selon lequel près de 900 enfants n'ayant pas accès à la justice civile sont incarcérés en Irak pour "terrorisme".

M. Tchourkine a souscrit à l'appel de la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés, Radhika Coomaraswamy, sur la nécessité d'un règlement urgent du dossier.

"On sait également que des mineurs sont détenus sur la base militaire de Bagram, près de Kaboul, et à Guantanamo", a encore signalé le diplomate russe.

RIA-Novosti

jeudi 13 mars 2008

écoutez la voix d'une femme irakienne


Ecoutez la voix d’une femme irakienne, sous
l’occupation, ce jour de fête des femmes!

Cette interview date de plus d’un an et demi et relate
des événements survenus à la fin de 2004, lors de la
deuxième bataille de Fallouja. Elle demeure pourtant
d’une brûlante actualité pour tous ceux qui suivent,
même de très loin, la vie quotidienne en Irak et
ailleurs, en Palestine, en Somalie, au Darfour et
partout dans ce monde d’apocalypse engendré par les
guerres de l’empire. Une tragédie humaine comme en
compte beaucoup le cadeau américain au peuple irakien.

A.M.
08 mars 2008


La « mère des martyrs » et les nuits lourdes de
Fallouja
:

Au bout de deux mois d’enquête, l’équipe d’Islammemo a
réussi enfin à retrouver Elhajja
Z. M., plus connue sous le nom de mère des martyrs et
dont le récit de ses exploits au cours de la deuxième
bataille de Fallouja a été relayé par tous, grands et
petits.
Au cours de ces deux mois d’enquête, pas un chef de
tribu ou notaire n’a été interrogé sur le sort de la
vieille femme et nous n’avons obtenu que des réponses
approximatives et souvent contradictoires : pour
certains elle serait morte et disparue selon d’autres
et pour les moins pessimistes, elle aurait simplement
trouvé refuge auprès de sa fille dans un des villages
environnants de Fallouja.
La mère des martyrs, âgée de 62 ans est mère de 3
garçons, Ahmed, Mouhib et Omar, tous tombés martyrs
lors de la seconde bataille de Fallouja.

Actuellement, elle habite une petite maison à
Fallouja, seule, vivant de son labeur quotidien malgré
son âge avancé. Elle fabrique des balais traditionnels
qu’elle écoule dans les alentours, à des prix modiques
pour subvenir à ses besoins, refusant toutes les aides
que des commerçants et des gens aisés de Fallouja lui
ont proposé.
Pour tous dans son voisinage, la vieille femme aurait
des pouvoirs surnaturels et ses prières seraient
exaucées. Bien des gens viennent chercher auprès
d’elle la Baraka.

La vieille nous reçut chaleureusement et abandonna son
ouvrage quelques instants pour répondre à nos
questions.
Elle ne connaît pas notre site Internet, Islammemo,
comme on pouvait s’y attendre, la télévision n’en a
jamais parlé, dit-elle, et elle refusa de se faire
photographier, mais accepta de répondre à nos
questions. Elle nous avoua que des dizaines de femmes
sont dans son cas mais que peut-être et tout compte
fait, sa situation est plus pénible parce qu’elle a
perdu ses trois enfants.

Voici son récit :

Son mari, « un bon mari, remarqua-t-elle, en priant
pour son âme », décédé dix ans plus tôt, lui laissa
quatre enfants, 3 garçons, Ahmed, Mouhib et Omar et,
une fille, Khouloud. Ils eurent tous une bonne
éducation et firent des études supérieures. Après
l’occupation, les trois garçons rejoignirent les
groupes de résistance. Elle nous raconta comment ses
enfants avaient essayé de la convaincre de quitter
Fallouja et d’aller chez sa fille, hors de la ville,
durant les jours qui précédèrent la deuxième bataille.
A l’époque, les américains étaient aux quatre portes
de la ville et commençaient son siège, aidés par les
kurdes et les chiites. Ils étaient aussi innombrables
que des sauterelles !
« Mais je refusai de quitter ma maison, ajouta-elle.
Mon cadet, Omar, a tout fait pour me persuader de
partir et de les laisser combattre, tranquillement ».
Rien n’y fit. Je ne pouvais quitter la ville en y
abandonnant mon cœur, raconta-t-elle ! Nous nous
sommes mis tous d’accord pour que je demeure à
Fallouja jusqu’à la fin de la bataille : la victoire
ou le martyr ! Et Grâce à Allah, mes trois enfants ont
obtenu le martyr !

Les trois frères appartenaient à des groupes de
résistance différents et ils discutaient souvent de la
manière de rester en contact entre eux. En suivant
leurs discussions, je remontais le fil de vie de
chacun d’eux. Je pleurais discrètement, tellement
j’étais certaine qu’ils allaient mourir au cours de
cette bataille et je priais Allah de me prendre avec
eux et de m’épargner la douleur de leur perte.
La vieille femme versa en cet instant quelques larmes,
très discrètement, et nous fîmes autant. Puis elle
s’éclipsa prétextant de chercher quelque chose, mais
nous l’entendîmes pleurer toute sa douleur, prier et
implorer :« Ya Allah : les gens prient les grands de
ce monde qui exaucent leurs vœux et Vous, Seigneur des
Seigneurs, exauce mon vœu le plus cher et prends-moi
auprès de mes fils et de mon mari qui me manquent
tant. Ya Allah « ne m’abandonne pas seule dans ce
monde, j’ai hâte de retrouver mes fils chéris » !
Au bout de quelques minutes la vieille revient vers
nous, abattue et toute en excuses : « nous avons tant
de problèmes avec le gaz, la bouteille ne suffit plus
pour la journée, quoiqu’on ait augmenté son prix » !
Elle ne savait pas que nous avions entendu ses pleurs
et que nous avions pleuré discrètement avec elle.

Elle reprît son récit. Le 07/11/2004, les
bombardements se sont intensifiés avec des tentatives
de pénétrer dans la ville depuis la porte nord. Il
était près de 11 heures du soir quand les américains
ont lancé des bombes éclairantes. J’étais seule à la
maison, alors j’ai commencé à réciter toutes les
Sourates du Coran que j’avais apprises par cœur en
priant pour la victoire d’abord et pour la sécurité de
mes enfants ensuite. Je n’ai pas dormi de la nuit. Au
petit matin et alors que je m’assoupissais, Omar est
venu m’informer que Mouhib et Ahmed se portaient bien
et qu’ils me demandaient de leur préparer à manger et
du thé pour 14 combattants.
« Qu’en dis-tu maman, tu ne veux pas faire une bonne
action pour laquelle tu auras une récompense divine »,
me lança-t-il ? Aussitôt, je courus à la cuisine et je
lui ai préparé très rapidement du thé et fait du pain
chaud pour 30 personnes. Je l’ai aidé à transporter le
tout jusqu’à la voiture, heureuse d’avoir honoré nos
hôtes...de loin. Je l’ai regardé longtemps partir puis
je me suis remise à prier pour tous ces jeunes
combattants, pour leur sécurité et pour la victoire.

La vieille continua son récit : « Fallouja était
encore sous les bombardements des avions américains. A
chaque bombe, la maison tremblait et je craignais
qu’elle me tombe sur la tête. Je me suis réfugiée dans
mes psalmodies du Coran et je m’y suis abandonnée !
Le lendemain, j’ai préparé plus de 200 galettes, du
riz et deux grandes marmites de sauce. Mes trois fils
sont venus ensemble et ils sont restés près de moi
près d’une heure. Je les ai embrassés longuement et
humé leur odeur comme lorsqu’ils étaient des bébés.
J’avais le pressentiment que je ne les verrais plus
jamais. Ils m’ont embrassé la tête et les mains,
prirent le manger et sortirent ensemble en me
demandant de prier pour eux !
« Pourquoi vous me le demandez alors que je ne fais
que cela mes enfants », leur dis-je ? Pas seulement
pour nous, mais pour Fallouja, me rétorquent-ils.
C’était la dernière fois que je voyais mes enfants.

Elle poursuit : « Fallouja a vécu de nombreux jours
encore sous les bombes et il y a eu des combats
acharnés. On n’entendait que les cris Allahou Akbar
des hauts parleurs et les prières collectives et les
psalmodies de Coran dans les mosquées. Chaque jour je
me mettais des heures entières à la porte à l’affût de
la moindre information et à attendre que mes fils me
reviennent.
J’interpelais tous les passants s’ils avaient vu mes
fils ou l’un d’entre eux au moins. Certains me
répondaient qu’ils ne les connaissaient pas. L’un des
passants m’informa que Omar et Ahmed étaient à la Cité
Joumhourya et que Mouhib était à la Cité Nezzal. Tous
étaient donc en vie. Mais je voulais plus de détails
et je courus derrière l’homme en l’implorant de
s’arrêter un moment. Je suis tombée à terre et j’eus
les pieds à sang. L’homme s’arrêta, me confirma que
tous mes fils étaient en vie et se portaient bien. Il
me donna sa longue écharpe pour essuyer le sang et
s’en alla, pressé.

Je suis demeurée dans cet état jusqu’au 12/12/2004.
Mais j’avais repris confiance entre temps et je me
suis abandonnée à la volonté divine. J’ai passé les
jours suivants à préparer à manger et à distribuer de
l’eau aux Moudjahiddines arabes, à soigner et panser
les blessures des combattants à l’aide de pansements
de fortune. J’en avais soigné ainsi plus d’une
vingtaine d’entre eux et tous ont pu revenir au
combat.
Je suis très précise dans les dates parce que j’ai
commencé à compter à partir du jour où mes fils m’ont
quittée. Je reviens au 9/12, jour où l’ennemi a
bombardé Fallouja et notamment le centre de la ville
avec des bombes au phosphore (elle dit simplement au
gaz) qui ont tout brûlé, hommes, animaux et arbres. Il
y a eu de nombreux morts. C’est ce qui a permis aux
américains d’avancer au bout de quelques heures
jusqu’au centre de la
ville. Des dizaines de Moudjahiddines ont été tués.
Par la suite des rumeurs, sans doute diffusées par les
agents ennemis, ont prétendu que Omar Hadid et
Abdallah Jenabi (des commandants de la résistance-
NDT), étaient parmi les morts, ce qui a créé un grand
désordre dans les rangs de la résistance. J’ai appris
cela des blessés que je soignais ou que je secourais.
Plus tard, les deux commandants de la résistance ont
démenti ces rumeurs et avaient pris l’initiative de
visiter les combattants, ce qui a relevé leur moral et
les a incité à s’acharner au combat.

Les combats acharnés ont continué et l’ennemi a subi
beaucoup de pertes humaines et de dégâts matériels. Je
continuais mes prières en espérant que mes fils me
reviennent tous enfin.

Le 12/12/2004 était un dimanche. Vers 11 heures du
soir, les américains, venant de l’extérieur de la
ville, ont engagé une grande bataille pour occuper la
Cité des Chouhadas. La bataille se passait très près
de notre maison, mais c’est le ciel qui était en feu
que j’observais. Ce soir là de nombreux combattants
ont trouvé la mort. La bataille a duré près de 4
heures, entre 11 heures du soir et 3 heures du matin
et les américains ont échoué à occuper la Cité.
J’entendais les gémissements des blessés ce qui a m’a
poussé à sortir de la maison pour secourir les
blessés. J’entendais un blessé qui répétait sa Chahada
à l’infini, j’ai couru vers lui. Il était blessé à la
poitrine et au visage. Je l’ai tiré jusqu’à la maison
et tenté de le secourir. Je lui ai nettoyé le visage à
l’eau et tenté d’arrêter l’hémorragie. Il me regardait
et pleurait. Je croyais qu’il pleurait de douleur.
J’ai essayé alors de le mettre en confiance en lui
faisant croire que ses amis viendront au petit matin
pour l’amener à l’hôpital et que sa blessure n’était
pas très grave en tout cas. Je lui demande alors de me
laisser aller secourir ses amis, mais il se mit à
pleurer de plus belle, comme s’il voulait me dire que
je devais rester auprès de lui. J’ai pensé qu’il
sentait la mort venir et qu’il me voulait à ses côtés.
Mais je me suis arrachée à lui pour voir si les autres
blessés dans le quartier étaient encore en vie. Je
sortis donc et trouvais un autre blessé arabe pas loin
de la maison. Je l’ai tiré à son tour à la maison et
c’est alors qu’il m’interpela « tante Oum Mouhib ».
J’étais interloquée. Il me connaissait donc, quoique
différemment de ce que les gens ont l’habitude
m’appeler. J’étais pour tous Oum Ahmed, du nom de mon
fils aîné. J’ai cru un instant qu’il était un ami de
mes fils. Le pauvre était blessé au bas ventre et ses
intestins avaient éclaté. Il me demanda de la terre,
du sel et un morceau de tissu. Il mourra quelques
temps après.
Je sortis encore une fois dans la rue pour secourir
d’autres blessés. J’ai trouvé deux corps à deux
maisons de la nôtre. J’ai tiré l’un d’eux jusqu’au
jardin, puis je creusai une tombe de 2m de long mais
d’à peine 40 cm de profondeur. Ca lui couvrait à peine
le corps : du provisoire en attendant que d’autres
viennent pour lui donner une sépulture digne, conforme
au rite musulman. J’étais très fatiguée, mais je
m’étais décidée à continuer mon travail de
récupération des corps des blessés et des morts.
J’espérais une récompense divine pour moi et mes
enfants par mon action. En sortant de nouveau, j’ai
trouvé le corps d’un autre martyr. Il était lourd mais
j’ai réussi à le tirer des pieds jusqu'aux approches
de la maison. Sa chemise était déchirée et il se
dégageait de son corps une odeur qui ne m’était pas
étrangère. C’est quelqu’un que je dois connaître, me
dis-je. Je courus chercher une lampe pour m’assurer de
l’identité du Chahid, ce qui était très risqué parce
que toute lumière pouvait être visée par les
américains. Quand j’ai approché la lumière du visage
ensanglanté du Chahid, je fus interloquée. Mon sang
s’arrêta de circuler dans mes veines, ma langue se lia
et mon corps entier se figea pendant quelques secondes
: le Chahid n’était autre que mon fils Mouhib, le
cadet de ses frères.

La vieille femme s’arrêta un instant de parler, se mit
à sangloter, puis s’excusa en disant : c’est la
troisième fois que je pleure aujourd’hui bien que j’ai
décidé de ne jamais plus les pleurer.
Puis elle reprit son récit. Quand je m’étais bien
rendue compte que c’était mon fils Mouhib, je l’ai
pris dans mes bras et je l’ai embrassé très fort. J’ai
embrassé sa tête, son front, ses cheveux, ses mains et
ses doigts comme je le faisais toujours, puis j’ai
commencé à lui parler longuement en le félicitant de
cette fin, digne des meilleurs hommes. Puis je l’ai
enterré sous l’olivier sous lequel il aimait faire ses
devoirs quand il était à l’école. Je lui ai creusé une
tombe profonde, parce que j’ai décidé qu’il y demeure
définitivement, chez lui.
Le matin, des Moudjahiddines sont arrivés. J’étais
encore sur la tombe de Mouhib que j’ai veillée toute
la nuit. Dès que j’ai entendu leurs voix, je suis
sortie à leur rencontre. Ils me connaissaient tous et
je les connaissais aussi : c’étaient des frères
d’armes de Ahmed et Omar. Je les ai aussitôt
interpellés : dites-moi la bonne nouvelle, où sont
Ahmed et Omar ?
Ils baissèrent tous la tête et l’un d’eux me répondit:
Considères-les comme les invités d’Allah. C’est Lui
qui les appelés à Lui. Ils sont morts et ont été
enterrés à la Cité Nezzal, à la maison de Hadj Khelil
Al Fayadh.

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pleuré sur le
moment. Peut-être parce que j’étais très fatiguée de
pleurer Mouhib la veille ou parce que j’étais écrasée
par le malheur. Mais j’ai posé quand même cette
question : « ils sont morts en attaquant ou en fuyant
le combat » ?
L’un des Moudjahiddines me répondit «plutôt en
attaquant, par Allah, et ils ont fait payer
lourdement et d’avance leur mort ». J’ai remercié et
loué Dieu et demandé aux Moudjahiddines d’entrer à la
maison pour prendre les deux blessés. Ils ont trouvé
que l’un d’eux, était déjà mort. Ils creusèrent une
tombe au mort dans mon jardin et prirent le blessé, en
s’étonnant que j’ai pu toute seule creuser deux tombes
en une nuit.
Je leur ai expliqué que l’une des tombes est celle de
mon fils Mouhib mais que la deuxième, d’un martyr
inconnu, n’était pas suffisamment profonde. Ils ont
fait le nécessaire et avant de partir, ils me
demandèrent de les accompagner pour me faire sortir de
Fallouja. Je refusai net. L’un d’eux, qui n’était pas
irakien, essaya longuement de me convaincre mais
devant mon refus, il me dit : « Mère, tu as perdu tes
trois fils, considères-nous tous comme tes fils et In
Cha Allah tes fils Ahmed, Mouhib et Omar sont déjà au
Paradis !
Ils repartirent en pressant le pas et moi je suis
rentrée chez moi pour la prière de Dhaha (une prière
facultative après celle du Sobh- NDT).
Il y a eu trois batailles au cours des trois nuits
suivantes, au cours desquelles j’ai pu tirer à la
maison encore 4 corps de Chouhadas que j’ai enterrés
dans le jardin. Si bien que je veille maintenant sur 7
tombes de Chouhadas. Le jardin et la maison toute
entière baignent dans une odeur du Musc que je n'ai
jamais sentie auparavant. J’ai vécu une paix totale et
un bonheur inégalé, en dormant pendant quatre nuits à
même la terre, aux côtés de la tombe de Mouhib.
J’étais la mère qui prend son bébé dans ses bras. Je
suis restée enfermée dans la maison pendant plus d’un
mois, jusqu’à ce que les troupes américaines
autorisèrent les secouristes du Croissant Rouge à
entrer dans la ville, de sa partie nord. Ce sont eux
qui sont venus me
chercher le 13/01/2005. Ils m’obligèrent à les
accompagner jusqu’au camp de Saklaouia. C’est là que
j’appris que les corps de mes deux autres fils, Ahmed
et Omar, ont été exhumés puis enterrés au nouveau
cimetière des Chouhadas avec leurs compagnons.

Tel est mon récit et malgré toute ma douleur, j’aurais
souhaité avoir trois autres fils qui gagnent la
Chahada, dans la voie d’Allah. Malgré mon profond
malheur, je suis fière d’être la mère des Chouhadas.
La vieille dame termina son récit par quelques vers de
poésie populaire qu’elle attribua à des lettrés
musulmans et que nous avons eu du mal à retenir !

Islammemo : Dimanche 29/10/06
traduit de l’arabe par Ahmed Manai
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Dédié à la Résistance des peuples en lutte pour leur indépendance, leur
liberté et leur dignité!