lundi 28 mars 2011

Sarkosy et la révolte libyenne

Comment Sarkozy a orchestré la révolte libyenne (revue de presse) par Franco Bechis, Directeur adjoint du quotidien italien Libero (23/3/11)*
http://www.bellaciao.org/fr/spip.php?article115432/  - Dimanche 27 mars 2011
 

Première étape du voyage, 20 octobre 2010, Tunis.
C’est là qu’est descendu avec toute sa famille d’un avion de Libyan Airlines, Nouri Mesmari, chef du protocole de la cour du colonel Mouammar Kadhafi. C’est un des grands perroquets du régime libyen, depuis toujours aux côtés du colonel. Le seul -comprenons-nous- qui avec le ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa avait un accès direct à la résidence du raïs sans avoir à frapper (avant d’entrer, NdT). Le seul à pouvoir franchir le seuil de la suite 204 du vieux cercle officiel de Benghazi où le colonel libyen a accueilli avec tous les honneurs le Premier ministre italien Silvio Berlusconi pendant la visite officielle en Libye.
Cette visite de Mesmari à Tunis ne dure que quelques heures. On ne sait pas qui il rencontre dans la capitale où la révolte contre Ben Ali couve sous la cendre. Mais il est désormais certain que dans ces heures-là et dans celles qui ont immédiatement suivi, Mesmari jette les ponts de ce qui, à la mi-février, allait devenir la rébellion de la Cyrénaïque. Et prépare l’estocade contre Kadhafi en cherchant et obtenant l’alliance sur deux fronts : le premier est celui de la dissidence tunisienne. Le second est celui de la France de Nicolas Sarkozy.
Et les deux alliances lui réussissent. C’est ce dont témoignent des documents de la DGSE, le service secret français, et une série de nouvelles fracassantes qui ont circulé dans les milieux diplomatiques français à partir de la lettre confidentielle, Maghreb Confidential (dont il existe une version synthétique et accessible payante).
Mesmari arrive à Paris le lendemain, 21 octobre. Et il n’en bougera plus. En Libye il n’a pas caché son voyage en France, puisqu’il a emmené avec lui toute sa famille. La version est qu’à Paris il doit subir un traitement médical et probablement une opération. Mais il ne verra pas l’ombre d’un médecin. Ceux qu’il verra seront par contre, tous les jours, des fonctionnaires des services secrets français. Réunion à l’Hôtel Concorde Lafayette On a vu de façon certaine au début du mois de novembre, entrer à l’Hôtel Concorde Lafayette de Paris, où Mesmari réside, d’étroits collaborateurs du président français.
Le 16 novembre, une file de voitures bleues est devant l’hôtel. Dense et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense et étrange délégation française part pour Benghazi. Avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill et Conagra. Expédition commerciale, sur le papier, pour essayer d’obtenir à Benghazi justement de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires français, déguisés en hommes d’affaire. À Benghazi ils vont rencontrer un colonel de l’aéronautique libyenne indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l’ex-chef du protocole de Kadhafi a révélé qu’il était prêt à déserter et qu’il a aussi de bons contacts avec la dissidence tunisienne. L’opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu’aux hommes les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose.
Le 28 novembre, il signe un mandat d’arrêt international à l’encontre de Mesmari. L’ordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires. Les Français s’alarment et décident de suivre l’arrêt de façon formelle. Quatre jours plus tard, le 2 décembre, la nouvelle filtre justement depuis Paris. On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi.
La Libye, au premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité aux arrêts domiciliaires dans la suite du Concorde Lafayette. Et le raïs commence à s’agiter. La colère du raïs. Quand arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement l’asile politique à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari. Il essaie ensuite d’envoyer ses hommes à Paris avec des messages pour le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre, c’est Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui essaie. Les Français l’arrêtent à l’entrée de l’hôtel. Le 23 décembre d’autres Libyens arrivent à Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri. Nous les connaîtrons d’avantage après le 17 février : parce que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de Benghazi contre les miliciens du colonel. Les trois sont autorisés par les Français à sortir dîner avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée. Il y a aussi là des fonctionnaires de l’Élysée et quelques dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de l’an paraît dans Maghreb Confidential, la nouvelle que Benghazi est en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore), et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration. Mesmari est nommé « Libyan WikiLeak », parce qu’il révèle un après l’autre les secrets de la défense militaire du colonel et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières du régime, en décrivant même la carte du désaccord et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier, la France a dans les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il y a une fuite. Le 22 janvier, le chef des services secrets de Cyrénaïque, un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête le colonel d’aviation Gehani, référant secret des Français depuis le 18 novembre. Le 24 janvier, il est transféré dans une prison de Tripoli, accusé d’avoir créé un réseau social en Cyrénaïque, qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais c’est trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte de Benghazi, avec les Français. 


Traduction : Marie-Ange Patrizio * Le quotidien italien de droite Libero appartient au groupe de presse Berlusconi. 

Par Gilles Munier http://france-irak-actualite.over-blog.org/article-comment-sarkozy-a-orchestre-la-revolte-libyenne-revue-de-presse-70337045.html/

dimanche 20 février 2011


Please distribute widely
20 February 2011




Support Iraqi protests !



While millions across the world watched live 18 days of dramatic revolution that ousted the US-allied torture-friendly regime of Hosni Mubarak, no one is offered live feed from Iraq of its people’s uprising against an enemy much worse.

And while President Obama and Secretary of State Clinton are being lauded for their supposed support for Egyptian democracy, no one is asking the key question Washington can’t answer: When will members of this US administration and the three previous face trial for crimes against humanity in Iraq?

Despite US hypocrisy, nothing will prevent the collapse of US geostrategic goals in the Arab region. It is not by direct confrontation that this is happening, nor by ideology. The interests of the people are opposed to the model of underdevelopment Washington and allies propose and police.

The year of revolutionsAcross the Arab world, 2011 appears set to be remembered as the “year of revolutions”. In Iraq, ravaged by eight years of US occupation, plunder, destruction and death, protests have burst forth in Baghdad, Kut, Basra, Kirkuk, Ramadi, Sulaymaniyah and tens of other locations. As usual, the people face live fire.

We declare our solidarity with the people of Iraq in protest. We declare our solidarity with the martyrs of the Egyptian and Tunisian revolutions, and all martyrs of Arab uprisings. We put Washington on notice that it is your policies that are being defeated, and it is your alliances that are falling apart.

The region is witness to a rolling tide of Arab renaissance, led by the aspirations of the Arab youth. No injustice will be spared criticism. No lie will remain unexposed.

Support Iraqi protests!Stand in support of the Iraqi people in their struggle against state terrorism and repression, generalised corruption, a falsified political process and its state apparatus, generalised lack and collapse of public services, poverty and unemployment, systematic abuse of human rights by the government and its militias, illegal contracts, treaties and a constitution imposed under occupation, and foreign plans to destroy Iraqi culture, economy and unity.

Stand in support of the Iraqi people’s struggle for freedom, democracy, dignity, unity and social justice.

Stand in support of the Iraqi people in their uprising, and in solidarity with all Arabs at this dawn of a new era!

The game is over! We demand that Maliki’s government leave without shedding the blood of innocent Iraqis on 25 February, Iraq’s “Day of Peaceful Anger”.

We demand that other states withdraw support from Maliki and not provide cover for a government bloodbath.

We are certain the people of Iraq will achieve victory, like their Tunisian and Egyptian brothers and sisters.



Dr Ian Douglas, member of the BRussells Tribunal Executive Committee and coordinator of the International Initiative to Prosecute US genocide in Iraq – UK/Egypt

Abdul Ilah Albayaty, political analyst and activist, member of the BRussells Tribunal Executive Committee and the International Initiative to Prosecute US genocide in Iraq – France/Iraq

Hana Al Bayaty, political analyst and activist, member of the BRussells Tribunal Executive Committee and the International Initiative to Prosecute US genocide in Iraq, – France/Iraq

Tun Dr. Mahathir Mohamad, President Perdana Global Peace Foundation – Malaysia

Denis Halliday, former UN Assistant Secretary General & United Nations Humanitarian Coordinator for Iraq 1997-98 – Ireland

Prof Dr Lieven De Cauter, philosopher, K.U. Leuven / Rits, initiator of the BRussells Tribunal – Belgium

Dr Curtis F J Doebbler, international human rights lawyer – USA/Palestine

Felicity Arbuthnot, journalist – UK

Paola Manduca, professor of genetics DIBIO, University of Genoa – Italy

Lamis Andoni, journalist – Palestine

Serene Assir, writer/journalist – Lebanon/Spain

Dirk Adriaensens, member of the BRussells Tribunal Executive Committee, coordinator SOS Iraq – Belgium

Matthias Chang, law specialist, Perdana Global Peace Foundation and the Kuala Lumpur Foundation to Criminalise War – Malaysia

Cynthia McKinney, Green Party US Presidential Candidate – USA

Dr Zulaiha Ismail, Perdana Global Peace Foundation – Malaysia

Sigyn Meder, member of the Iraqi Solidarity Association in Stockholm Sweden

Mike Powers, member of the Iraqi Solidarity Association in Stockholm Sweden

Perdana Global Peace Foundation

Ad-Hoc Committee for Justice for Iraq


Take action!
1. Endorse this statement by writing here (hanaalbayaty@gmail.com).

2. There is a virtual blackout on the uprising in Iraq in the Western media. Take initiative and demand that news outlets put Iraq back on the agenda where you are.

3. For updated information on the uprising in Iraq follow here (Arabic) and here (English).

mardi 15 février 2011

A lire, absolument : "le printemps des sayanim" de Jacob Cohen

dimanche 30 janvier 2011

  Le Kurdistan irakien indépendant en 2016?

Par Gilles Munier (Afrique Asiefévrier 2011)
 
   Massoud Barzani ne croit pas que les Arabes et les Turcomans accepteront de rattacher Kirkouk au Kurdistan irakien, ou les territoires qu’il revendique dans les régions de Mossoul et de Diyala. Le 11 décembre 2010, au congrès du Parti Démocratique Kurde qu’il dirige – en présence de Nouri al-Maliki et de Iyad Allaoui - il a déclaré que le Kurdistan avait « droit à l’autodétermination », c'est-à-dire, tout le monde l’a compris, à l’indépendance. Parag Khanna, ancien conseiller de Barack Obama en matière de gouvernance mondiale - et des forces spéciales en Irak en 2007 – avance même une date : 2016. Ainsi, dit-il, les champs gaziers du Kurdistan irakien - dont la production est estimée à 9 milliards de m3 par an – pourront être raccordés au futur pipeline Nabucco destiné à réduire la dépendance de l’Europe à l’égard de la Russie. Avec ses 45 milliards de barils de brut de réserve, l’Etat kurde serait alors le 6ème producteur de pétrole mondial. En attendant, fin décembre 2010, le Gouvernement régional kurde (KRG) a envoyé 10 000 peshmergas à Bagdad pour protéger Jalal Talabani et les officiels kurdes, en cas de coup d’Etat.
 
Par Gilles Munier

samedi 29 janvier 2011

  Jacques Vergès et la défense de Saddam Hussein et de Tarek Aziz

Extrait de l’interview de Jacques Vergès (Afrique Asie - février 2011)
Dossier : Jacques Vergès, l’anticolonialiste (20 pages)
Dans les kiosques ou sur : http://www.afrique-asie.fr
Propos recueillis par Gilles Munier et Majed Nehmé
 
Vous avez pris la défense du Président Saddam Hussein, en faisant partie du groupe d’avocats constitué à cet effet, puis vous vous en êtes retiré : pourquoi ?
   J’ai accepté la défense de Saddam Hussein à la demande d’une dizaine de membres de sa famille que j’ai rencontrés à Paris, Genève et Sanaa, au Yémen*.
    Je me suis retiré à partir du moment où une de ses filles, qui était l’invitée d’honneur du Roi de Jordanie, s’est prononcée contre ma présence et pour celle d’autres personnes. J’ai pensé que la famille étant divisée à ce moment là, la défense était handicapée et je ne voulais pas m’imposer dans une défense qui était vouée à l’échec.
Mais vous aviez eu le temps d’entreprendre des démarches…
   Oui, j’avais fait une démarche auprès du Président de la République, en France, et auprès des ambassades du Royaume uni, des France et de la Russie, sur le respect des droits de l’homme dans les procès qui allaient s’ouvrir en Irak. J’étais également l’avocat pressenti de Tarek Aziz.
   J’avais reçu une réponse un peu formelle de la Russie et, surtout, une lettre très détaillée de M. Gourdeau-Montagne, conseiller diplomatique du Président Chirac. Il me disait que l’Irak était partie prenante au Pacte international sur les droits civiques qui prévoyaient la liberté de la défense et il était tenu de respecter des règles élémentaires dans ce domaine ; règles qui de toute évidence n’étaient, selon moi, pas respectées.
Ces démarches pourraient-elles être relancées en direction du gouvernement français ?
   Je pense que la rupture dont parlait le candidat Nicolas Sarkozy ne concerne ni la politique étrangère ni les intérêts de la France. La France est partie prenante au Pacte sur les droits civiques, elle se doit de faire respecter les obligations qu’il implique. Et, il y a une continuité de l’Etat.
Pouvez-vous nous parler de la défense de Tarek Aziz ?
   J’ai demandé un visa à l’ambassade d’Irak à Paris. Je ne l’ai pas eu. J’ai fait une démarche auprès des Américains pour qu’ils m’autorisent à rencontrer Tarek Aziz, bien sûr je n’ai pas obtenu cette autorisation, de sorte que je me suis contenté de prendre publiquement position à travers l’obligeance des Amitiés franco-irakiennes en rendant publique une lettre ouverte aux juges de Tarek Aziz. Je leur ai dit que s’ils prononçaient la peine de mort, la condamnation serait illégale comme illégale était la condamnation à mort du Président Saddam Hussein.
Illégales, pourquoi ?
   Parce que la jurisprudence internationale dit que s’il existe une loi au moment de faits reprochés, fondés ou pas, prononçant des peines lourdes, et que la même loi existe au moment du jugement, mais qu’entre-temps une loi intermédiaire plus clémente a été en vigueur, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appliquer. Or, entre les faits reprochés au Président Saddam Hussein qui étaient passibles de la peine de mort, au cas où ils auraient été fondés, et le moment où il a été jugé, il y a eu une période pendant laquelle les Américains ont suspendu la peine de mort. Si Saddam Hussein avait été jugé pendant cette période intermédiaire, on n’aurait pas pu le condamner à mort. Dans ce cas là dit la jurisprudence internationale, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appliquer.
   Les condamnations à la peine capitale de Tarek Aziz, de Saadoun Shaker et de trois autres anciens dirigeants irakiens, n’auraient pas, non plus, dues être prononcées.
* Après l’arrestation du Président Saddam Hussein, Jacques Vergès avait constitué un groupe de quatorze avocats dont faisait partie Maître Amar Bentoumi, ancien bâtonnier d’Alger, ancien ministre de la Justice, membre du Collectif des avocats du FLN pendant la guerre d’indépendance.
Appendice :
Réduire Tarek Aziz au silence
   « Tarek Aziz connaît trop de secrets compromettants », dit Jacques Vergès, « il faut le faire taire définitivement mais, avant de le pendre et le faire taire à jamais, le Tribunal est là pour le condamner déjà au silence. Comme me l’écrivait M. Gourdault-Montagne* au nom de M. Chirac que j’avais saisi en son temps des conditions de détention de M. Tarek Aziz : « S’agissant des garanties judiciaires auxquelles peut prétendre M. Tarek Aziz, je relève que l’Irak est partie au Pacte des Nations Unies de 1966 sur les droits civils et politiques qui reconnaît à toute personne le bénéfice de garanties judiciaires procédurales. 
   Les autorités irakiennes ont, certes, le droit d’adopter des mesures qui dérogeraient aux obligations qu’impose cet instrument mais seulement en cas de danger public exceptionnel menaçant l’existence de la Nation et sous réserve de l’accomplissement de certaines formalités d’information des autres parties au Pacte, par l’intermédiaire du Secrétaire Général des Nations Unies. Or, à ce jour, les autorités iraquiennes n’ont pas signalé aux autres Etats parties l’adoption de mesures dérogatoires. M. Tarek Aziz bénéficie donc, dans ses relations avec les autorités iraquiennes, de la protection que lui offre le Pacte des Nations Unies de 1966 précité. »

 
Texte intégral dans Afrique Asie (février 2011)
 
Par Gilles Munier

dimanche 9 janvier 2011

Interdiction faite à Maître Badie de s'entretenir avec Tarek Aziz

   Interviewé par le site kurde Rudaw (1), Maître Badie Aref, principal avocat irakien de Tarek Aziz, raconte le voyage qu’il a effectué à Bagdad, en décembre 2010, pour rencontrer les anciens dirigeants dont il assure la défense.
   Maître Badie réside depuis quelques années en Jordanie, où il s’est réfugié après avoir été menacé de mort. Il envisage de s’installer au Kurdistan irakien.
   Les autorités judiciaires irakiennes ont refusé qu’il s’entretienne avec Tarek Aziz - à qui il comptait expliquer pourquoi il se retirait de son équipe de défense – ainsi qu’avec Saadoun Shaker (2)ministre de l’Intérieur dans les années 80 – et Abed Hamoud, secrétaire du Président Saddam Hussein. En revanche, il a été autorisé à voir Abdul-Ghani Abdul-Ghafoor, condamné à mort en même temps que ces derniers.
Etat de santé des détenis préoccupant
   Maître Badie a pu également s’entretenir avec 16 anciens dirigeants détenus, parmi lesquels Muhammad Mehdi Saleh (ancien ministre du Commerce), Hamid Youssef Hamadi (ancien ministre de la Culture), Mahmoud Diyab Ahmed (ancien ministre de l’Intérieur), Zuher Naqeeb (ancien chef des services secrets), Walid H. Tofiq (un des dirigeants de la Garde républicaine), et Latif Mahal Hamoud (ancien gouverneur de Bassora).
   L’état de santé de plusieurs détenus est préoccupant, dit Maître Badie. Saadoun Shaker a eu trois crises cardiaques et n’est soigné que par une infirmière. Saadi Toa’ma Jaboori (ancien ministre du Travail et des Affaires sociales), Sabaawi Ibrahim al-Hassan (demi-frère de Saddam Hussein), Fazil Abbas Amri (haut dirigeant baasiste), Abdul-Ghani Abdul-Ghafoor, et Farhan Mutlaq Jubouri (ancien chef des renseignements militaires), ont un cancer. Zuher Naqib (ancien chef des services secrets) a complètement perdu la vue.
Libérer tous les détenus politiques
   Maître Badie pense que Tarek Aziz échappera à la pendaison - en raison des interventions en sa faveur du Vatican et de plusieurs pays occidentaux - mais pas les autres dirigeants condamnés à mort. Il a demandé à Jalal Talabani et Massoud Barzani d’insister pour que Saadoun Shaker soit hospitalisé, et espère qu’ils obtiendront la commutation de certaines peines capitales.
   Maître Badie, qui annonce la sortie de ses mémoires, pense voir Tarek Aziz lors d’un prochain voyage en Irak (3). Il envisage de tenir une conférence de presse à Paris, en compagnie de Maître Jacques Vergès, au cours de laquelle il produira des documents démontrant que la « Haute cour pénale » est illégale et réclamera la libération de tous les détenus politiques.
 
 (1) Saddam’s lawyer predicts Tariq Aziz will escape execution
http://www.rudaw.net/english/news/iraq/3394.html
 
(2) Saadoun Shaker condamné à mort par pendaison. Son épouse parle…
http://www.france-irak-actualite.com/article-saadoun-shaker-condamne-a-mort-par-pendaison-son-epouse-parle-60752434.html
 
(3) Maître Badie Aref  affirme qu’« on » l’a convaincu de continuer à défendre Tarek Aziz, malgré la décision de sa famille de se passer de lui.
 
Par Gilles Munier

samedi 8 janvier 2011

  Ziad Aziz demande à Al-Maliki de faire preuve de miséricorde 
 
   Tarek Aziz n’aurait plus que « deux ou trois mois à vivre », selon Ziad, son fils réfugié à Amman, dans une interview téléphonique accordée par Bloomberg Businessweek.com (1). Son père, affirme-t-il, ne pourrait plus « ni parler, ni marcher ». Il ne sait pas s’il a reçu les médicaments qu’il lui a envoyés.
   Ziad Aziz, conseillé par Maître di Stefano (2), demande au nouveau gouvernement irakien de faire preuve de « miséricorde », comme l’aurait fait la Grande-Bretagne en renvoyant en Libye Abdel Basset al-Megrahi (3), condamné à la prison à vie pour l'attentat, le 21 décembre 1988, contre le vol Pan Am 103 qui s’est écrasé sur la ville de Lockerbie, en Ecosse (439 morts).
   Si un « geste humanitaire » est fait en faveur de Tarek Aziz, ce ne sera certainement pas par « miséricorde », mais à la suite de marchandages sordides au sein du régime de Bagdad et du développement de la campagne multiforme réclamant sa libération.
 
(1) Iraq’s Aziz may die in months, must be freed, son says (Bloomberg Businessweek.com - 7/1/11)
(2) Giovanni di Stefano, avocat italien controversé, longtemps basé à Londres.
(3) Abdel Basset al-Megrahi, chef de la sécurité de Libyan Arab Airlines, a toujours clamé son innocence. Il a été libéré en août 2009 après 8 ans d’incarcération, des médecins ayant certifié qu’il n’avait plus que trois mois à vivre. Pour de nombreux observateurs, la Libye n’est pour rien dans l’attentat. L’opération contre l’avion de la Pan Am était une réponse de Téhéran aux Etats-Unis qui avaient abattu cinq mois plus tôt un Airbus d’Iran Air au-dessus du Golfe arabe, pendant la guerre Iran-Irak (290 morts).
 
Par Gilles Munier